PRP en complément d’une greffe de cheveux : ce que montre la revue systématique 2025
Mise à jour : 3 août 2026 — Dr Khalil El Cadhi, Membre Full ISHRS (Dar El Hakim, Djerba). Cet article vous propose des informations sur le PRP cheveux et sur la relation entre PRP et greffe de cheveux.
Une revue systématique publiée dans Cureus le 8 octobre 2025 a rassemblé l’ensemble des études contrôlées évaluant le plasma riche en plaquettes (PRP) utilisé en complément d’une greffe capillaire : trois travaux seulement, dont deux essais randomisés, totalisant 217 patients atteints d’alopécie androgénétique. Toutes rapportent un bénéfice dans le même sens — meilleure densité, survie folliculaire supérieure, repousse démarrant plus tôt — mais l’hétérogénéité des protocoles a empêché les auteurs de réaliser la moindre méta-analyse. Le signal est donc cohérent et encourageant ; le niveau de preuve, lui, reste faible.
Référence : Sindhusen S, Tawanwongsri W, Eden C. Efficacy of Platelet-Rich Plasma as an Adjunct to Hair Transplantation: A Systematic Review. Cureus 2025;17(10):e94116. DOI 10.7759/cureus.94116 — PMCID PMC12506585. Enregistrement du protocole : INPLASY202570086.
Que dit précisément cette revue ?
Elle retient trois études contrôlées prospectives, publiées entre 2016 et 2025, comparant une greffe avec PRP à une greffe sans PRP. L’essai randomisé chinois le plus récent (30 patients, PRP injecté avant l’intervention puis à 1 et 2 mois) rapporte une survie folliculaire de 82,2 % ± 4,1 dans le groupe PRP contre 74,0 % ± 5,3 dans le groupe témoin (p = 0,002), un démarrage de la repousse à 17,7 jours contre 20,1 jours (p = 0,015) et davantage de tests de traction négatifs. L’essai randomisé indien de 2016 (40 hommes, PRP injecté en peropératoire) rapporte qu’à six mois, la totalité des patients du groupe PRP présentait plus de 75 % de repousse folliculaire, contre un cinquième des témoins. La troisième étude, chinoise et non randomisée (147 patients, PRP administré quatre semaines après la greffe), retrouve des scores significativement meilleurs sur la surface atteinte et le test de traction — mais son risque de biais a été jugé sérieux par les auteurs à l’aide de l’outil ROBINS-I.
Pourquoi ces résultats doivent-ils être lus avec prudence ?
Parce que les trois études ne mesurent pas la même chose, de la même façon, ni sur la même durée. Les protocoles de préparation du PRP varient considérablement : de 20 à 500 mL de sang prélevé, concentrations plaquettaires de cinq à sept fois la valeur de base, injection en peropératoire pour l’une et quatre semaines plus tard pour l’autre, aucune n’utilisant d’activateur. Aucune n’a employé d’outil d’évaluation standardisé — ni échelle photographique globale, ni classification de Norwood-Hamilton ou de Ludwig, ni analyse trichoscopique — de sorte que les critères de jugement (pourcentage de repousse, surface de lésion, test de traction) restent partiellement subjectifs et difficilement comparables. Enfin, les suivis vont de huit semaines à six mois, alors qu’un cycle pilaire complet demande au moins douze mois d’observation. C’est cette accumulation d’écarts méthodologiques qui a rendu le regroupement statistique impossible. Le débat sur les protocoles de centrifugation illustre déjà cette absence de standardisation.
Ce que cela change (ou non) en pratique clinique
Cela ne fait pas du PRP un standard, et cela n’en fait pas non plus une option à écarter. En l’état, le PRP peut se discuter comme adjuvant chez certains patients, en information claire : bénéfice plausible sur la survie des greffons et la précocité de la repousse, preuve encore préliminaire, effets indésirables rapportés modérés et locaux. Ce qu’il ne faut pas en faire, c’est un argument commercial vendu comme un gage de réussite : les déterminants majeurs de la survie des greffons restent chirurgicaux — qualité de l’extraction, temps hors du corps, hydratation et température de conservation, précision de l’implantation, densité posée. Un PRP ajouté à une greffe mal exécutée ne rattrape rien. Les auteurs de la revue soulignent eux-mêmes le risque de messages promotionnels exagérés en médecine esthétique, ce qui est notable dans un article scientifique et mérite d’être rapporté ici.
Le rappel le plus utile de cet article n’est pas le PRP
C’est le fait que la greffe redistribue des cheveux sans traiter l’alopécie androgénétique, qui reste une affection chronique et évolutive. Les auteurs citent à ce sujet un suivi à quatre ans de 112 hommes opérés en une seule séance pour une calvitie de grade IV : 8,92 % conservaient une densité stable dans la zone greffée, 27,67 % présentaient une réduction légère, 55,35 % une réduction modérée et 8,03 % une réduction marquée. Autrement dit, la durabilité du résultat dépend largement de ce qui est fait autour de la chirurgie — traitement médical au long cours par minoxidil et, selon indication, inhibiteur de la 5-alpha-réductase, suivi régulier, et planification tenant compte de la progression future. C’est exactement le message que je transmets en consultation avant une greffe : le geste chirurgical n’est qu’une partie d’une prise en charge qui se pense sur dix ans.
Ce qu’il faudrait pour trancher
Des essais randomisés de plus grande taille, avec un protocole de préparation du PRP standardisé et décrit (volume, centrifugation, concentration plaquettaire finale, activation), des critères de jugement objectifs — trichoscopie, comptage de densité et diamètre des tiges, photographies standardisées — et un suivi d’au moins douze mois. Tant que ces travaux n’existent pas, présenter le PRP comme un déterminant du résultat d’une greffe dépasse ce que les données autorisent. La position raisonnable consiste à l’expliquer honnêtement au patient, à en discuter le rapport coût-bénéfice, et à ne jamais le substituer au traitement médical de fond.
FAQ
Le PRP améliore-t-il le résultat d’une greffe de cheveux ?
Les trois études contrôlées disponibles vont dans ce sens : meilleure survie folliculaire, densité supérieure et repousse plus précoce dans les groupes PRP. Mais elles portent au total sur 217 patients, avec des protocoles très différents et des suivis de huit semaines à six mois : le niveau de preuve reste préliminaire.
Quel gain de survie des greffons a été mesuré ?
Dans l’essai randomisé le plus récent inclus dans la revue, la survie folliculaire était de 82,2 % dans le groupe PRP contre 74,0 % dans le groupe témoin à six mois (p = 0,002), avec un démarrage de la repousse environ deux jours et demi plus tôt.
Quand le PRP est-il injecté par rapport à la greffe ?
Cela varie selon les études : en peropératoire dans l’une, avant l’intervention puis à un et deux mois dans une autre, quatre semaines après la greffe dans la troisième. Aucun calendrier optimal n’est établi à ce jour, ce qui fait partie des limites relevées par les auteurs.
Le PRP remplace-t-il le minoxidil ou le finastéride après une greffe ?
Non. La greffe redistribue les cheveux sans traiter l’alopécie androgénétique, qui continue de progresser sur les cheveux natifs. Le traitement médical de fond reste l’élément déterminant de la durabilité du résultat ; le PRP est au mieux un adjuvant.
Le PRP présente-t-il des risques ?
Les effets indésirables rapportés dans ces études sont modérés et locaux (douleur au point d’injection, un cas d’épifolliculite survenu dans un groupe témoin). Comme tout acte injectable, il relève d’un médecin, avec les précautions d’asepsie et une information préalable sur le caractère encore préliminaire des données d’efficacité.
À propos de l’auteur
Dr Khalil El Cadhi — médecin, MBA Paris-Dauphine, Membre Full de l’ISHRS, cabinet Dar El Hakim (Djerba). Chirurgien FUE et LH-FUE, il réalise personnellement chaque étape de l’intervention et publie une veille scientifique régulière avec les références primaires.
Information générale ne remplaçant pas une consultation. Cet article rapporte et reformule les résultats d’une publication scientifique ; il ne constitue ni une recommandation de traitement, ni une promesse de résultat. Les données citées sont préliminaires et ne modifient pas, en l’état, les standards de prise en charge.
Une greffe se prépare bien au-delà du jour de l’intervention. Une consultation permet de faire le tri entre ce qui influence réellement le résultat et ce qui relève de l’argument commercial. Prendre rendez-vous.
Un commentaire