Fer, vitamine D, thyroïde : les carences qui font tomber les cheveux (et le bilan à demander)

Mise à jour : 3 août 2026 — Dr Khalil El Cadhi, Membre Full ISHRS (Dar El Hakim, Djerba).

Trois anomalies biologiques sont régulièrement retrouvées derrière une chute diffuse : le déficit en fer (ferritine basse), le dysfonctionnement thyroïdien (hypo- ou hyperthyroïdie) et, plus discuté, l’insuffisance en vitamine D. Le bilan de première intention tient en quatre lignes — NFS, ferritine avec CRP, TSH, 25-OH vitamine D — complétées selon le contexte par zinc et vitamine B12. Point essentiel et souvent négligé : ces anomalies expliquent un effluvium télogène, c’est-à-dire une chute diffuse et réactionnelle, mais elles n’expliquent pas une calvitie androgénétique, qui obéit à un mécanisme différent.

Quelles carences font réellement tomber les cheveux ?

Le déficit martial est la carence la plus solidement associée à la chute diffuse, en particulier chez la femme réglée, végétarienne ou après une grossesse. Les dysthyroïdies suivent de près : hypothyroïdie comme hyperthyroïdie perturbent le cycle pilaire et donnent une chute diffuse souvent accompagnée d’autres signes (fatigue, frilosité ou palpitations, modification du poids, peau sèche). Le déficit en zinc, plus rare, s’observe dans certains contextes digestifs, chirurgies bariatriques ou régimes très restrictifs. Pour la vitamine D, l’association avec la chute est décrite dans plusieurs travaux mais le niveau de preuve reste inférieur à celui du fer : on corrige un déficit franc parce que c’est justifié en soi, sans en attendre à coup sûr un effet capillaire. Enfin, une restriction calorique ou protéique marquée — régime très hypocalorique, perte de poids rapide — suffit à elle seule à déclencher une chute diffuse.

Quel bilan sanguin demander ?

Quatre examens en première intention : NFS (recherche d’anémie), ferritine associée à la CRP, TSH, et 25-OH vitamine D. Le zinc sérique et la vitamine B12 s’ajoutent en cas de régime restrictif, de trouble digestif, de chirurgie bariatrique ou de contexte évocateur. Chez la femme avec signes d’hyperandrogénie (acné, hirsutisme, cycles irréguliers), un bilan hormonal complémentaire se discute. Il n’est en revanche pas utile de doser en routine des dizaines de micronutriments : au-delà de ce socle, le rendement diagnostique s’effondre et le coût augmente. Une précision technique qui change la lecture des résultats : la ferritine est aussi une protéine de l’inflammation, elle monte artificiellement en cas d’inflammation ou d’infection — d’où le dosage systématique de la CRP en parallèle, sans quoi une ferritine « normale » peut masquer un déficit réel.

Comment interpréter une ferritine basse ?

En pratique, une ferritine inférieure à 30 µg/L (ng/mL) signe un déficit en fer, et une valeur inférieure à 15 µg/L une carence certaine, souvent associée à une anémie. Entre 30 et 50 µg/L, la zone est grise : beaucoup de praticiens spécialisés visent une ferritine autour de 40 à 70 µg/L chez une patiente qui perd ses cheveux, mais il faut dire honnêtement que ce seuil « capillaire » repose sur un niveau de preuve limité et fait débat. Deux règles de prudence en découlent. On ne se supplémente pas en fer sans dosage préalable : la surcharge martiale est délétère, et une carence avérée impose surtout d’en chercher la cause (règles abondantes, saignement digestif, malabsorption) plutôt que de la combler à l’aveugle. Et lorsqu’une supplémentation est indiquée, la remontée de la ferritine puis la réponse capillaire demandent plusieurs mois — typiquement 3 à 6 mois avant de juger.

Combien de temps avant de voir la chute s’arrêter ?

Un effluvium télogène survient avec un décalage de 2 à 4 mois après le facteur déclenchant : quand la chute devient massive, l’événement causal est déjà ancien, ce qui explique pourquoi tant de patients ne font pas le lien. Après correction de la cause, la chute s’atténue en général en 2 à 3 mois et la repousse se voit sur 3 à 6 mois, avec ces petits cheveux courts en frange frontale qui sont un bon signe. Si la chute persiste au-delà de 6 mois malgré un bilan corrigé, il faut reprendre le diagnostic : effluvium télogène chronique, alopécie androgénétique sous-jacente démasquée par l’épisode, cause médicamenteuse, ou association des deux — situation la plus fréquente en consultation, notamment au moment de la ménopause.

Quand la carence n’est pas la bonne explication

Une chevelure qui s’affine progressivement sur le vertex avec élargissement de la raie, sans chute massive dans la douche, oriente vers une alopécie androgénétique et non vers une carence : dans ce cas, corriger une ferritine à 35 µg/L ne changera pas le cours des choses. De même, des plaques bien délimitées et sans cheveux évoquent une pelade, qui relève d’une prise en charge spécifique. Ce tri est le cœur du diagnostic trichologique : interrogatoire chronologique, test de traction, trichoscopie, photographies standardisées, puis biologie ciblée. Enfin, un point pratique méconnu : la biotine à forte dose, présente dans de nombreux compléments « cheveux et ongles », peut fausser plusieurs dosages sanguins dont ceux de la thyroïde. Il faut l’arrêter quelques jours avant la prise de sang et le signaler au laboratoire.

FAQ

Quelle carence provoque la chute de cheveux ?

Le déficit en fer est la carence la plus fréquemment en cause dans les chutes diffuses, devant les déficits en zinc et en vitamine D, dont le lien est moins établi. Une dysthyroïdie, une carence protéique ou une perte de poids rapide donnent le même tableau de chute diffuse.

Quel taux de ferritine pour les cheveux ?

Une ferritine inférieure à 30 µg/L traduit un déficit en fer, et en dessous de 15 µg/L une carence certaine. Beaucoup de spécialistes visent 40 à 70 µg/L en cas de chute persistante, mais ce seuil « capillaire » repose sur un niveau de preuve limité et ne justifie pas une supplémentation sans dosage.

Quel bilan sanguin demander en cas de chute de cheveux ?

NFS, ferritine avec CRP, TSH et 25-OH vitamine D en première intention ; zinc et vitamine B12 selon le contexte alimentaire ou digestif. La CRP est indispensable pour interpréter la ferritine, qui augmente en cas d’inflammation.

La thyroïde peut-elle faire tomber les cheveux ?

Oui : hypothyroïdie comme hyperthyroïdie perturbent le cycle pilaire et provoquent une chute diffuse, souvent associée à d’autres signes généraux. Le dosage de la TSH fait partie du bilan de base, et la chute s’améliore habituellement après équilibration du traitement.

Faut-il prendre des compléments alimentaires pour les cheveux ?

Sans carence documentée, le bénéfice n’est pas démontré, et certains apports en excès sont contre-productifs. À noter : la biotine à forte dose peut fausser les dosages thyroïdiens ; il faut l’interrompre quelques jours avant une prise de sang et le signaler au laboratoire.


À propos de l’auteur

Dr Khalil El Cadhi — médecin, MBA Paris-Dauphine, Membre Full de l’ISHRS, cabinet Dar El Hakim (Djerba). Il conduit lui-même le diagnostic trichologique — interrogatoire, test de traction, trichoscopie, photographies standardisées — avant toute proposition thérapeutique ou chirurgicale.

Information générale ne remplaçant pas une consultation. La prescription et l’interprétation d’un bilan biologique, comme toute supplémentation, relèvent d’un avis médical individualisé.

Chute diffuse depuis plusieurs mois ? Un diagnostic trichologique associe examen clinique et bilan ciblé pour identifier le mécanisme en cause avant de traiter. Prendre rendez-vous.

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