Ferritine et chute de cheveux : quel seuil, quel bilan — Dr Khalil El Cadhi, Djerba

Ferritine et chute de cheveux : quel seuil, quel bilan demander

Mise à jour : 12 octobre 2026 — Dr Khalil El Cadhi, chirurgien de greffe capillaire · Full Member ISHRS · Djerba (Tunisie).

La ferritine est le premier dosage à demander devant une chute de cheveux diffuse, surtout chez la femme, parce qu’elle mesure les réserves en fer de l’organisme — et non le fer qui circule dans le sang à l’instant du prélèvement. Il n’existe pas de seuil unique au-dessous duquel les cheveux tombent : la littérature va d’un seuil de 20 µg/L, au-dessous duquel une étude ancienne n’a pourtant trouvé aucun lien clair avec la chute, à un seuil de 70 µg/L proposé par certains auteurs comme objectif chez les femmes qui perdent leurs cheveux, en passant par des valeurs intermédiaires issues d’études cas-témoins. Ce que l’on sait avec le plus de solidité, en 2026, tient en une phrase : les patients atteints d’effluvium télogène ont en moyenne une ferritine et une vitamine D plus basses que les témoins, mais une ferritine basse n’explique pas toutes les chutes et une ferritine normale n’exclut pas une alopécie androgénétique. Cet article explique la différence entre ferritine et fer sérique, les seuils discutés, qui doser, ce que le bilan comprend, et quand la ferritine n’est pas la réponse.

Ferritine et fer sérique : ce que chaque dosage mesure

Le fer sérique varie d’une heure à l’autre, avec les repas et le moment de la journée ; il reflète mal les réserves. La ferritine est la protéine qui stocke le fer dans les cellules, et sa concentration sanguine est proportionnelle aux réserves de l’organisme : une ferritine basse signe une carence en fer avec une excellente spécificité, avant même qu’une anémie n’apparaisse. C’est pourquoi, devant une chute de cheveux diffuse, le guide clinique publié dans Cutis en 2023 retient la ferritine comme l’outil utile pour écarter une carence en fer comme cause (Zhang et al.). Une réserve a son revers : la ferritine est aussi une protéine de l’inflammation. Une infection récente, une maladie inflammatoire, un foie en souffrance ou un simple rhume la font monter, et une ferritine « normale » peut alors masquer une carence réelle. Le dosage s’interprète donc avec un marqueur d’inflammation, la CRP, et chez une personne sans infection en cours.

Quel seuil ? Ce que disent les études, et pourquoi elles ne s’accordent pas

Les valeurs « normales » de ferritine imprimées sur un compte rendu de laboratoire sont des bornes statistiques de la population, pas des seuils au-dessous desquels les cheveux tombent. La question du seuil pertinent pour le cheveu est débattue depuis plus de vingt ans, et les études ne mesurent pas la même chose.

  • Le seuil de 20 µg/L : dans une étude australienne de 2002 portant sur 194 femmes consultant pour une chute diffuse depuis plus de six mois, seules 6 % avaient une ferritine à 20 µg/L ou moins ; chez les cinq d’entre elles dont la biopsie du cuir chevelu était normale, la supplémentation en fer jusqu’à remonter la ferritine au-dessus de ce seuil n’a ni arrêté ni inversé la chute. L’auteur en concluait qu’aucun lien direct entre ferritine basse et chute diffuse ne pouvait être établi à ce niveau (Sinclair).
  • Le seuil de 70 µg/L : la même année, une revue britannique sur les facteurs nutritionnels recommandait, chez les femmes qui perdent leurs cheveux, de viser 70 µg/L avec une vitesse de sédimentation normale, tout en reconnaissant que le niveau à employer n’était pas définitivement établi ; elle rappelait aussi qu’aucune donnée ne soutient l’idée qu’un zinc bas fasse tomber les cheveux, et qu’un excès de compléments alimentaires peut lui-même provoquer une chute (Rushton).
  • Les seuils intermédiaires : une étude égyptienne de 2013 sur 80 femmes a calculé des valeurs seuils de 27,5 µg/L pour l’effluvium télogène et de 29,4 µg/L pour l’alopécie androgénétique féminine, avec des ferritines moyennes nettement plus basses chez les patientes que chez les témoins (Rasheed et al.). Une étude turque de 2024 a observé qu’au-dessous de 40 ng/mL, la proportion de cheveux en phase de chute mesurée au phototrichogramme était significativement plus élevée (Bilik et al.).
  • La synthèse de 2026 : une méta-analyse publiée dans Skin Appendage Disorders, à partir de 29 études, conclut que les patients atteints d’effluvium télogène ont une ferritine et une vitamine D significativement plus basses que les témoins, avec une forte hétérogénéité entre études, et recommande des protocoles de bilan standardisés plutôt qu’un seuil universel (Ahmed et al.).
  • Le contre-exemple : une étude cas-témoins de 2024 sur 90 femmes atteintes d’effluvium télogène chronique n’a trouvé aucune différence de ferritine, d’hémoglobine, de vitamine B12, de vitamine D ni de fonction thyroïdienne par rapport aux 90 témoins ; seul le zinc était plus bas. Les auteurs concluent que les carences sont moins fréquentes qu’on ne le pense dans l’effluvium et que l’interrogatoire et l’examen priment (Durusu Turkoglu et al.).

Ce que le Dr El Cadhi retient de ces données pour la consultation : une ferritine franchement basse chez une femme qui perd ses cheveux se corrige, parce que la carence a des conséquences au-delà du cheveu ; une ferritine entre 20 et 70 µg/L ne « prouve » rien à elle seule et se lit avec la CRP, l’hémoglobine, l’histoire de la chute et la trichoscopie ; et aucune valeur de ferritine ne dispense de chercher une alopécie androgénétique, qui est la cause la plus fréquente d’une raie qui s’élargit.

Qui doser en priorité ?

La carence en fer sans anémie est fréquente et silencieuse. Dans une étude espagnole de soins primaires, l’ajout automatique de la ferritine aux bilans demandés pour chute de cheveux a révélé une carence en fer chez 28 % des femmes concernées (Salinas et al.). Le dosage est justifié en priorité chez :

  • les femmes réglées, en particulier avec des règles abondantes ou longues ;
  • les femmes dans l’année qui suit un accouchement, où la chute du post-partum peut être entretenue par les réserves épuisées par la grossesse — voir notre article sur la chute de cheveux après accouchement ou stress ;
  • les personnes végétariennes ou végétaliennes, dont le fer alimentaire est moins bien absorbé ;
  • les sportifs d’endurance, les donneurs de sang réguliers, les patients opérés de chirurgie bariatrique ou atteints d’une maladie digestive qui limite l’absorption ;
  • toute chute diffuse qui dure depuis plus de trois mois, quel que soit le profil.

Ce que le bilan comprend, et ce qu’il ne comprend pas

Un bilan de première intention pour chute de cheveux diffuse est court. Il associe à la ferritine une CRP (pour l’interpréter), une numération avec hémoglobine (pour savoir si la carence est déjà une anémie), une TSH (la thyroïde, dans les deux sens, fait tomber les cheveux) et une vitamine D, dont la méta-analyse de 2026 confirme qu’elle est plus basse chez les patients atteints d’effluvium (Ahmed et al.). Le zinc peut compléter ce bilan en seconde intention, les données de 2024 ayant montré un zinc plus bas chez les femmes atteintes d’effluvium chronique (Durusu Turkoglu et al.), sans que l’on sache s’il s’agit d’une cause ou d’un marqueur. En revanche, les dosages de biotine, de sélénium ou de cuivre n’ont pas de place en routine, et les « bilans capillaires » à trente lignes proposés sans examen clinique ne remplacent pas l’étape qui compte : l’examen du cuir chevelu à la trichoscopie, qui fait la part entre un effluvium (cheveux qui tombent mais repoussent avec leur calibre) et une alopécie androgénétique (cheveux qui s’affinent). Le détail de ce bilan et de son interprétation est donné dans notre article carences en fer, vitamine D, thyroïde et chute de cheveux : le bilan, et le déroulé de la consultation sur consultation trichologique et trichoscopie.

Quand la ferritine n’explique pas la chute

Trois situations reviennent souvent en consultation.

  • La ferritine est basse, mais la raie s’élargit et les cheveux repoussent plus fins. La carence coexiste avec une alopécie androgénétique féminine, et la corriger ne redonnera pas la densité perdue : il faut traiter les deux. Notre article chute de cheveux normale ou pathologique : le réflexe diagnostique explique comment les distinguer.
  • La ferritine est normale et la chute continue depuis plus de six mois. C’est le tableau de l’effluvium télogène chronique, où les carences sont justement moins fréquentes qu’on ne le croit (Durusu Turkoglu et al.) ; la cause est à chercher dans l’histoire (médicament, maladie, stress prolongé, thyroïde) et parfois ne se trouve pas, la chute s’épuisant d’elle-même.
  • La ferritine a été corrigée et rien n’a changé à trois mois. C’est attendu : un cheveu qui a basculé en phase de repos met trois à six mois à être remplacé, et la densité revient en six à douze mois. L’évaluation d’une correction se fait à six mois, pas à six semaines.

Ce qu’il ne faut pas faire

Prendre du fer « au cas où », sans dosage, n’est pas anodin : l’excès de fer a ses propres effets indésirables et peut masquer une autre cause. La supplémentation, sa forme et sa durée relèvent d’une prescription après bilan, avec un contrôle de la ferritine et de la CRP à distance ; elle n’est pas abordée ici. Arrêter les lavages par peur de perdre davantage de cheveux ne fait que concentrer la chute sur le shampoing suivant et entretient l’inquiétude. Enfin, retarder la consultation parce que « le bilan est normal » fait perdre les mois pendant lesquels une alopécie androgénétique débutante se traite le mieux. Le hub chute de cheveux chez la femme réunit les causes et les parcours de prise en charge.

FAQ

Quel taux de ferritine provoque une chute de cheveux ?

Il n’existe pas de seuil unique. Les études citent des valeurs allant de 20 à 70 µg/L selon la méthode et la population ; la méta-analyse de 2026 confirme une ferritine plus basse en moyenne chez les patients atteints d’effluvium télogène, sans fixer de seuil universel. Le résultat s’interprète avec la CRP, l’hémoglobine et l’examen du cuir chevelu.

Ferritine ou fer sérique : lequel demander pour les cheveux ?

La ferritine, qui reflète les réserves en fer. Le fer sérique varie dans la journée et avec les repas et renseigne mal sur les réserves. La ferritine se dose avec une CRP, car l’inflammation la fait monter artificiellement.

Une ferritine normale exclut-elle une cause à ma chute de cheveux ?

Non. La cause la plus fréquente d’une chute durable avec cheveux qui s’affinent est l’alopécie androgénétique, que la ferritine ne mesure pas. La trichoscopie et l’histoire de la chute font le diagnostic.

Quels examens demander avec la ferritine ?

Une CRP, une numération avec hémoglobine, une TSH et une vitamine D ; le zinc en seconde intention. Biotine, sélénium et cuivre n’ont pas de place en routine.

Combien de temps après la correction d’une carence les cheveux repoussent-ils ?

Trois à six mois pour les premières repousses, six à douze mois pour que la densité revienne, à condition que la carence ait été la cause ou l’un des facteurs de la chute. L’évaluation se fait à six mois.

Pour aller plus loin


À propos de l’auteur

Dr Khalil El Cadhi — chirurgien de greffe capillaire, Full Member de l’ISHRS (annuaire vérifié le 29/07/2026), MBA Paris-Dauphine. Il exerce à son cabinet au Complexe médical Dar El Hakim, à Djerba (Tunisie), où il reçoit en consultation de diagnostic les chutes de cheveux féminines et masculines (trichoscopie, bilan ciblé) avant toute décision de traitement ou de greffe.

Les résultats dépendent du profil individuel de chaque patient. Aucun résultat ne peut être garanti. Information générale ne remplaçant pas une consultation médicale ; aucun diagnostic n’est posé à distance et aucune supplémentation n’est prescrite sans bilan.

Votre chute dure depuis plus de trois mois, ou votre bilan est « normal » et les cheveux tombent toujours ? Une consultation de trichologie avec trichoscopie et bilan ciblé fait la part entre un effluvium qui va se corriger et une alopécie qui mérite d’être prise en charge tôt. → Prendre rendez-vous


Sources

  • Ahmed A, Alali A, Alahmadi M, et al. Association between Serum Trace Elements and Telogen Effluvium: A Systematic Review and Meta-Analysis. Skin Appendage Disord 2026 — PMID 42077991 · DOI 10.1159/000550921 (via PubMed) — 29 études : ferritine et vitamine D significativement plus basses chez les patients atteints d’effluvium télogène, forte hétérogénéité, appel à des protocoles de bilan standardisés.
  • Zhang D, LaSenna C, Shields BE. Serum Ferritin Levels: A Clinical Guide in Patients With Hair Loss. Cutis 2023;112(2):62-67 — PMID 37820340 · DOI 10.12788/cutis.0837 (via PubMed) — la ferritine basse, marqueur sensible et spécifique de la carence en fer ; protéine de l’inflammation, à interpréter en contexte.
  • Sinclair R. There is no clear association between low serum ferritin and chronic diffuse telogen hair loss. Br J Dermatol 2002;147(5):982-984 — PMID 12410711 · DOI 10.1046/j.1365-2133.2002.04997.x (via PubMed) — 194 femmes : 6 % de ferritine ≤ 20 µg/L ; supplémentation sans effet sur la chute chez les cinq patientes à biopsie normale.
  • Rushton DH. Nutritional factors and hair loss. Clin Exp Dermatol 2002;27(5):396-404 — PMID 12190640 · DOI 10.1046/j.1365-2230.2002.01076.x (via PubMed) — objectif de 70 µg/L avec VS normale proposé chez les femmes avec chute accrue, seuil non définitivement établi ; pas de preuve pour le zinc bas ; excès de compléments possiblement en cause.
  • Rasheed H, Mahgoub D, Hegazy R, et al. Serum ferritin and vitamin D in female hair loss: do they play a role? Skin Pharmacol Physiol 2013;26(2):101-107 — PMID 23428658 · DOI 10.1159/000346698 (via PubMed) — 80 femmes et 40 témoins : valeurs seuils calculées de 27,5 µg/L (effluvium) et 29,4 µg/L (alopécie androgénétique féminine).
  • Bilik L, Kokcam I, Esen M. Evaluation of the relationship of digital phototrichogram findings of patients with diffuse hair loss with blood TSH, ferritin and vitamin B12 levels. North Clin Istanb 2024;11(1):38-44 — PMID 38357319 · DOI 10.14744/nci.2023.33269 (via PubMed) — 108 femmes : proportion de cheveux en phase télogène plus élevée au-dessous de 40 ng/mL de ferritine.
  • Durusu Turkoglu IN, Turkoglu AK, Soylu S, Gencer G, Duman R. A comprehensive investigation of biochemical status in patients with telogen effluvium. J Cosmet Dermatol 2024;23(12):4277-4284 — PMID 39107936 · DOI 10.1111/jocd.16512 (via PubMed) — 90 femmes avec effluvium chronique contre 90 témoins : pas de différence de ferritine, d’hémoglobine, de B12, de vitamine D ni de TSH ; zinc plus bas.
  • Salinas M, Leiva-Salinas M, Flores E, López-Garrigós M, Leiva-Salinas C. Alopecia and Iron Deficiency: An Interventional Pilot Study in Primary Care to Improve the Request of Ferritin. Adv Hematol 2020;2020:7341018 — PMID 32908518 · DOI 10.1155/2020/7341018 (via PubMed) — ajout automatique de la ferritine aux bilans pour alopécie en soins primaires : carence en fer détectée chez 27,9 % des femmes.

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