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Consultation trichologique : comment ça se passe, ce que voit la trichoscopie, quand la demander

Mise à jour : 4 septembre 2026 — Dr Khalil El Cadhi (Dar El Hakim, Djerba).

Une consultation trichologique dure 30 à 45 minutes et suit une démarche en quatre temps : un interrogatoire détaillé (histoire de la chute, antécédents, traitements, mode de vie), un examen clinique du cuir chevelu avec test de traction, une trichoscopie — l’examen du cuir chevelu au dermatoscope, non invasif, qui grossit 10 à 70 fois et révèle des signes invisibles à l’œil nu — et, si l’orientation clinique le justifie, un bilan sanguin ciblé. Elle aboutit à un diagnostic nommé (alopécie androgénétique, effluvium télogène, pelade, alopécie cicatricielle…), condition de tout traitement pertinent. Voici son déroulé réel, et ce que le médecin y cherche.

Le temps de l’interrogatoire : la moitié du diagnostic se joue là

L’interrogatoire reconstitue l’histoire de votre chute : depuis quand, brutale ou progressive, diffuse ou localisée, avec quels facteurs déclenchants possibles dans les 2 à 4 mois précédents (accouchement, chirurgie, épisode infectieux, choc émotionnel, perte de poids rapide, changement ou arrêt de contraception). Il passe en revue les antécédents familiaux d’alopécie (des deux côtés), vos traitements en cours — de nombreux médicaments interfèrent avec le cycle pilaire —, les régimes restrictifs, les habitudes de coiffage (tractions, défrisages, chaleur) et, chez la femme, le contexte hormonal. Venez avec trois informations préparées : la chronologie datée de la chute, la liste écrite de vos traitements et compléments, et vos éventuels bilans sanguins récents. Ce temps de parole n’est pas une formalité avant l’examen « technique » : une chute réactionnelle à un événement datable et une alopécie androgénétique familiale se racontent différemment avant même de se voir différemment.

L’examen clinique et le test de traction

Le médecin examine ensuite l’ensemble du cuir chevelu — répartition de la chute (raie qui s’élargit, golfes, tourbillon, plaques circonscrites), état de la peau (rougeur, squames, pustules), mais aussi sourcils, cils et ongles, qui orientent certains diagnostics. Le test de traction (pull test) consiste à saisir une mèche de 40 à 60 cheveux entre les doigts et à exercer une traction douce, en plusieurs zones : au-delà de 10 % de cheveux qui se détachent, la chute est considérée comme active. Simple, ce test renseigne sur l’intensité actuelle de la chute — pas sur sa cause, que la suite de l’examen précise.

La classification du stade — Norwood-Hamilton chez l’homme, Ludwig chez la femme — fait partie de cet examen : voir types et stades de calvitie.

La trichoscopie : ce que le dermatoscope voit et que l’œil ne voit pas

La trichoscopie est l’examen du cuir chevelu et des tiges capillaires au dermatoscope (grossissement ×10 à ×70, davantage en vidéodermoscopie) ; elle est aujourd’hui considérée comme une composante essentielle de la consultation spécialisée pour chute de cheveux (Pirmez, J Am Acad Dermatol 2023). Non invasive — un simple appareil optique posé sur le cuir chevelu —, elle objective ce que l’œil nu ne peut pas trancher. Dans l’alopécie androgénétique, une revue systématique de 34 études (Kuczara et coll., J Clin Med 2024) retrouve trois signes dominants : la variabilité du diamètre des tiges (anisotrichose), présente chez 94 % des patients — c’est la signature de la miniaturisation folliculaire —, les cheveux fins duveteux (vellus, 66 %) et le signe péripilaire (halo brun autour des orifices, 43 %). Dans la pelade, on cherche points jaunes, points noirs et cheveux « en point d’exclamation » ; dans l’effluvium télogène, des repousses courtes et effilées sans miniaturisation ; dans les alopécies cicatricielles — l’urgence diagnostique —, la disparition des orifices folliculaires, qui impose une prise en charge rapide car les follicules détruits ne repoussent pas. La trichoscopie permet aussi le suivi objectif : les mêmes zones photographiées à 6 mois d’intervalle disent si un traitement fonctionne, mieux que l’impression au miroir.

Le bilan sanguin : ciblé, pas systématique

Aucune liste standard d’analyses n’est justifiée pour toute chute de cheveux : le bilan découle de l’orientation clinique. Les dosages les plus utiles en pratique sont la ferritine (réserves en fer), la TSH (fonction thyroïdienne) et la vitamine D, complétés selon le contexte (NFS, zinc, bilan hormonal chez la femme si signes d’hyperandrogénie). À l’inverse, les « check-up capillaires » de dizaines de paramètres proposés hors contexte médical produisent surtout des anomalies mineures sans lien avec la chute — et des achats de compléments inutiles. Notre article dédié aux carences (fer, vitamine D, thyroïde) détaille ce que ces dosages signifient réellement.

Quand demander une consultation trichologique ?

Cinq situations la justifient clairement : une chute qui dure depuis plus de 3 mois ; une raie qui s’élargit ou des golfes qui se creusent visiblement ; des plaques sans cheveux, a fortiori avec démangeaisons, rougeur ou squames (suspicion de pelade ou d’alopécie cicatricielle — à voir sans tarder) ; une chute brutale et massive ; et systématiquement avant un projet de greffe. Ce dernier point mérite d’être souligné : greffer sans diagnostic préalable expose à transplanter dans une alopécie non stabilisée — voire dans une pelade ou une alopécie cicatricielle active, où la greffe n’est pas indiquée. Un diagnostic nommé n’est pas un détour avant le traitement : c’est ce qui évite les traitements à côté.

Ce qu’une consultation trichologique n’est pas

Elle se distingue des « analyses capillaires » commerciales — caméra de salon, bilans vendus avec la gamme de produits qui va avec. La différence tient en trois points : l’examen est réalisé et interprété par un médecin ; il aboutit à un diagnostic médical nommé, pas à un score propriétaire ; et il n’a rien à vous vendre d’autre que la prise en charge adaptée — qui peut d’ailleurs être… de simplement rassurer et revoir à 3 mois, quand la chute est réactionnelle et se corrigera seule.

FAQ

Combien de temps dure une consultation trichologique ?
Comptez 30 à 45 minutes : interrogatoire détaillé, examen du cuir chevelu, test de traction et trichoscopie. Un bilan sanguin ciblé est prescrit si l’orientation clinique le justifie, avec réévaluation des résultats ensuite.

La trichoscopie est-elle douloureuse ou invasive ?
Non : c’est un examen optique — un dermatoscope posé au contact du cuir chevelu, sans prélèvement ni préparation. Elle peut être répétée autant que nécessaire, notamment pour le suivi d’un traitement.

Faut-il se laver les cheveux avant la consultation ?
Venez avec des cheveux à l’état naturel : pas de chignon serré ni de laque, et idéalement sans shampoing le jour même — un lavage très récent minore artificiellement le test de traction. Apportez la liste de vos traitements et vos bilans sanguins récents.

Que voit la trichoscopie dans une alopécie androgénétique ?
Principalement la variabilité du diamètre des cheveux (anisotrichose), retrouvée chez 94 % des patients selon une revue systématique de 2024, avec les cheveux vellus et le signe péripilaire. Cette miniaturisation visible distingue l’alopécie androgénétique d’une chute réactionnelle.

Une prise de sang est-elle systématique ?
Non : le bilan est ciblé par l’examen — ferritine, TSH et vitamine D sont les dosages les plus utiles, complétés selon le contexte. Les grands panels systématiques hors orientation clinique n’apportent pas de bénéfice démontré.

Faut-il une consultation trichologique avant une greffe de cheveux ?
Oui, systématiquement : elle vérifie que l’alopécie est bien androgénétique et stabilisée, écarte les diagnostics où la greffe n’est pas indiquée (pelade active, alopécie cicatricielle évolutive) et pose la stratégie médicale qui protégera le résultat greffé.


Pour aller plus loin

À propos de l’auteur

Dr Khalil El Cadhi — médecin, MBA Paris-Dauphine, Membre Full de l’ISHRS, Complexe médical Dar El Hakim (Djerba, Tunisie). Chaque projet de greffe y débute par une évaluation trichologique complète — interrogatoire, trichoscopie, bilan ciblé — car un diagnostic nommé est le préalable de toute décision, chirurgicale ou non.

Information générale ne remplaçant pas une consultation. L’interprétation d’une trichoscopie et la prescription d’un bilan relèvent d’un examen médical individuel ; les chiffres cités sont issus de la littérature et soumis à variabilité individuelle.

Votre chute dure, s’accélère, ou vous envisagez une greffe ? Une consultation de diagnostic trichologique nomme le problème avant de proposer une solution. → drelcadhi.com


Sources
Selon des articles référencés sur PubMed :
– Pirmez R. The dermatoscope in the hair clinic: Trichoscopy of scarring and nonscarring alopecia. J Am Acad Dermatol 2023;89(2S):S9-S15 — PMID 37591567 · DOI 10.1016/j.jaad.2023.04.033 (la trichoscopie, composante essentielle de la consultation ; sémiologie des alopécies cicatricielles et non cicatricielles).
– Kuczara A, Waśkiel-Burnat A, Rakowska A, Olszewska M, Rudnicka L. Trichoscopy of Androgenetic Alopecia: A Systematic Review. J Clin Med 2024;13(7):1962 — PMID 38610726 · DOI 10.3390/jcm13071962 (34 études : anisotrichose 94 %, vellus 66 %, signe péripilaire 43 %).
– Article pilier : Chute de cheveux normale ou pathologique — la démarche diagnostique (drelcadhi.com)
– Articles frères : Fer, vitamine D, thyroïde — ce que disent vraiment les bilans · Chute de cheveux d’automne — normale ou signal d’alerte ? (drelcadhi.com)

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