Chute de cheveux d’automne : normale ou signal d’alerte ?
Mise à jour : 17 août 2026 — Dr Khalil El Cadhi, Membre Full ISHRS (Dar El Hakim, Djerba).
Une chute de cheveux accrue en automne est un phénomène physiologique dans la majorité des cas : elle dure 4 à 8 semaines, peut faire passer la perte quotidienne de 50–100 cheveux à 150–175, et ne laisse ni zone dégarnie ni affinement durable. Elle devient un signal d’alerte si elle persiste au-delà de 3 mois, si la densité baisse visiblement (raie qui s’élargit, queue de cheval plus fine), si elle prédomine sur certaines zones, ou si elle s’accompagne de signes généraux — quatre situations qui justifient un diagnostic plutôt que des compléments alimentaires à l’aveugle.
Pourquoi perd-on plus de cheveux en automne ?
Parce que le cycle pilaire est partiellement synchronisé par les saisons. Chaque follicule alterne une phase de croissance (anagène, 2 à 6 ans), une phase de transition (catagène, quelques semaines) et une phase de repos (télogène, environ 3 mois) au terme de laquelle le cheveu tombe. Or la proportion de follicules entrant en télogène atteint son maximum en été : une étude de suivi sur 6 ans chez plus de 800 femmes en bonne santé a documenté ce pic estival de télogène, la chute visible survenant mécaniquement 2 à 3 mois plus tard — en septembre-novembre (Kunz, Seifert, Trüeb, Dermatology 2009, PMID 19407435). L’exposition solaire, les agressions estivales (UV, sel, chaleur) et la photopériode sont les explications avancées. Ce qui compte en pratique : le phénomène est transitoire, diffus, et le follicule repart en anagène — le cheveu tombé est remplacé.
Combien de cheveux est-il « normal » de perdre par jour ?
De 50 à 100 cheveux par jour en temps ordinaire, et jusqu’au double — parfois 150 à 175 — pendant un pic saisonnier de quelques semaines. Ces chiffres varient avec la masse capillaire totale (environ 100 000 à 150 000 cheveux) et les habitudes de lavage : un shampoing après trois jours « concentre » la chute de trois jours en une fois, ce qui impressionne sans rien signifier de plus. Deux repères simples aident à objectiver : le test de traction douce (saisir une mèche d’une cinquantaine de cheveux et tirer doucement — au-delà de 5 à 6 cheveux qui viennent, la chute est active) et la photographie standardisée de la raie et de la ligne frontale toutes les 4 semaines, dans la même lumière. Compter les cheveux sur l’oreiller est en revanche le pire indicateur : il mesure l’anxiété mieux que la chute.
Quels sont les signaux qui doivent faire consulter ?
Quatre situations sortent du cadre saisonnier : une chute qui dure plus de 3 mois, une raréfaction localisée (raie, golfes, vertex), des repousses de plus en plus fines, et des signes associés. La durée d’abord : une chute qui se prolonge au-delà de 3 mois n’est plus un pic d’automne — elle évoque un effluvium télogène entretenu (stress, carence, dysthyroïdie, médicament, épisode infectieux ou chirurgical des mois précédents). La topographie ensuite : une chute saisonnière est diffuse ; une raréfaction qui prédomine sur la raie, les golfes ou le vertex oriente vers une alopécie androgénétique débutante, que le pic saisonnier a simplement rendue visible. L’affinement : la miniaturisation ne fait pas partie du tableau saisonnier. Les signes associés enfin : fatigue inhabituelle, règles abondantes, troubles thyroïdiens connus, régime restrictif récent, post-partum. Dans ces quatre cas, un bilan simple — ferritine, TSH, vitamine D en première intention — et un examen trichoscopique font la différence entre rassurer et traiter.
Que faire — et ne pas faire — pendant un pic saisonnier ?
L’essentiel est de ne pas nuire : lavages réguliers avec un shampoing doux, limiter les coiffures tractantes et la chaleur excessive, alimentation normalement riche en protéines et en fer. Espacer les shampoings ne réduit pas la chute, cela la stocke. Les cures de compléments « anti-chute » systématiques n’ont pas démontré d’intérêt en l’absence de carence : la supplémentation se justifie sur un dosage, pas sur une saison. Aucun traitement médical n’est nécessaire pour un pic saisonnier authentique. En revanche, si le « pic d’automne » se répète chaque année avec une densité qui ne revient jamais tout à fait au niveau antérieur, c’est le motif de consultation le plus utile qui soit : c’est souvent ainsi que se révèle une alopécie androgénétique féminine débutante, à un stade où les traitements sont les plus efficaces.
FAQ — chute de cheveux saisonnière
La chute de cheveux en automne est-elle normale ?
Oui dans la majorité des cas : c’est un phénomène saisonnier lié au pic estival de la phase télogène, qui dure 4 à 8 semaines et n’altère pas durablement la densité. Au-delà de 3 mois, ce n’est plus une chute saisonnière.
Combien de temps dure la chute de cheveux saisonnière ?
En général 4 à 6 semaines, parfois jusqu’à 8. La chute diminue ensuite spontanément et les follicules concernés redémarrent un cycle de croissance.
Perdre 150 cheveux par jour en octobre, est-ce inquiétant ?
Pas isolément : pendant un pic saisonnier, la perte quotidienne peut atteindre 150 à 175 cheveux pendant quelques semaines. Elle devient préoccupante si elle persiste au-delà de 3 mois ou s’accompagne d’un affinement visible.
Comment savoir si c’est une chute saisonnière ou une vraie alopécie ?
Trois critères : la durée (moins de 8 semaines contre plus de 3 mois), la répartition (diffuse contre prédominant sur la raie, les golfes ou le vertex) et le calibre des repousses (normal contre cheveux de plus en plus fins). Le doute se tranche par trichoscopie et bilan sanguin.
Faut-il prendre des compléments alimentaires contre la chute d’automne ?
Pas systématiquement : sans carence documentée (ferritine, vitamine D), les compléments n’ont pas démontré d’effet sur une chute saisonnière. Un dosage sanguin avant de supplémenter évite des mois de cure inutile.
Le stress peut-il s’ajouter à la chute saisonnière ?
Oui : un stress important, une infection, une intervention chirurgicale ou un régime des 2 à 4 mois précédents peuvent déclencher un effluvium télogène qui se superpose au pic saisonnier et le prolonge. C’est l’une des causes de chute qui dure au-delà de 8 semaines.
À propos de l’auteur
Dr Khalil El Cadhi — médecin, MBA Paris-Dauphine, Membre Full de l’ISHRS, cabinet Dar El Hakim (Djerba, Tunisie). Sa démarche trichologique privilégie l’objectivation — trichoscopie, photographies standardisées, bilan biologique ciblé — avant toute prescription. Dernière mise à jour : 17 août 2026.
Information générale ne remplaçant pas une consultation. Le diagnostic d’une chute de cheveux est un acte médical ; les chiffres cités sont des moyennes soumises à variabilité individuelle.
Une chute qui dure depuis plus de 3 mois, ou une densité qui ne revient pas ? Un diagnostic trichologique fait la part entre phénomène saisonnier, effluvium et alopécie débutante — et évite les mois de compléments à l’aveugle.
Sources
- Kunz M, Seifert B, Trüeb RM. Seasonality of hair shedding in healthy women complaining of hair loss. Dermatology. 2009;219(2):105-110. PMID 19407435
- Malkud S. Telogen effluvium: a review. J Clin Diagn Res 2015. PMID 26557507
- Article pilier : Effluvium télogène — stress, post-partum et chute réactionnelle · Article frère : Fer, vitamine D, thyroïde — le bilan