Menton et ovale à l'acide hyaluronique — Dr Khalil El Cadhi, Djerba

Menton et ovale à l’acide hyaluronique : profil, limites, durée

Mise à jour : 12 octobre 2026 — Dr Khalil El Cadhi, chirurgien de greffe capillaire · Full Member ISHRS · Djerba (Tunisie).

L’acide hyaluronique du menton sert à projeter un menton en retrait, à allonger un tiers inférieur court et à redessiner la ligne qui va du menton à l’angle de la mâchoire — l’ovale — sans chirurgie. Il s’adresse aux mentons légèrement à modérément reculés et aux ovales qui se relâchent avec l’âge ; il ne corrige ni une vraie rétrognathie avec trouble de l’occlusion dentaire, ni un excès de peau important sous le menton. Le gel utilisé est ferme, déposé en profondeur au contact de l’os, en petites quantités réparties en quelques points ; les volumes se comptent en millilitres, rarement au-delà de deux à trois pour un menton, et toujours selon le profil mesuré. La durée observée se situe entre un an et dix-huit mois selon le produit, la zone et le patient, avec une perte de volume progressive dès les premiers mois. Les risques spécifiques tiennent aux vaisseaux du menton et au muscle mentonnier ; ils se préviennent par l’anatomie, la technique, et la réversibilité propre à l’acide hyaluronique. Cet article détaille les indications, la question du volume et du plan d’injection, la durée, les risques, et ce que l’acide hyaluronique ne fait pas.

À qui s’adresse l’acide hyaluronique du menton et de l’ovale

Le menton est petit, mais il règle l’équilibre de tout le profil : un menton en retrait fait paraître le nez plus fort, le cou plus court et la lèvre inférieure plus avancée. Une équipe milanaise a publié en 2026 un algorithme de prise en charge du menton qui distingue trois situations : la rétrogénie légère à modérée et l’involution liée à l’âge, où les gels d’acide hyaluronique apportent une correction précise et réversible ; les rétrusions importantes, qui relèvent d’une correction chirurgicale définitive ; et les pertes de volume des tissus mous, où le lipofilling peut compléter (Siliprandi et al.). Au cabinet, les indications retenues pour l’acide hyaluronique sont :

  • le menton en retrait léger à modéré, chez l’homme comme chez la femme, évalué de profil par rapport à la ligne qui descend de la lèvre inférieure ;
  • le tiers inférieur court, où un allongement de quelques millimètres rééquilibre le visage ;
  • le menton « en galoche » inversée ou creusé au milieu, qui se lisse ;
  • l’ovale qui se casse : la ligne mandibulaire perd sa netteté avec l’âge, entre la bajoue et le menton, et peut être redessinée par quelques points profonds le long de l’os, en continuité avec la correction du menton — le traitement des pommettes et du tiers moyen, qui participe au même relâchement, est décrit dans notre article pommettes et ovale à l’acide hyaluronique.

Une revue systématique de 2026, portant sur onze études et 876 patients, conclut que les injections de comblement donnent une amélioration efficace de la projection du menton à court terme, avec plus de 90 % de patients satisfaits et des effets indésirables mineurs et transitoires — œdème, ecchymoses, petites irrégularités — tout en soulignant que les données sont hétérogènes et rarement comparatives, ce qui limite les conclusions à long terme (Shome et al.).

Combien de millilitres, et à quelle profondeur

Le menton est l’une des rares zones du visage où l’on injecte directement au contact de l’os, sous le muscle, avec un gel à forte cohésivité conçu pour projeter plutôt que pour lisser. Les quantités dépendent du déficit mesuré : une étude prospective américaine de 2026, qui a mesuré les volumes par photographie tridimensionnelle, rapporte un volume moyen injecté proche de 2,9 ml pour une augmentation du menton chez quatorze adultes, avec un effet de projection immédiat supérieur au volume injecté lui-même — le gel soulève les tissus qui le recouvrent — puis un maintien d’environ 80 % du volume à un mois et d’un peu plus de 60 % à trois mois (Voytik et al.). Deux enseignements pratiques : le volume se décide sur le profil, pas sur une seringue « standard », et le résultat immédiat est un peu plus marqué que le résultat stabilisé, ce qui plaide pour injecter moins et compléter à quatre ou six semaines.

La profondeur n’est pas un détail. Le plan profond, au contact du périoste, est celui où le gel est le plus stable, le plus éloigné des vaisseaux superficiels et le moins visible ; la pointe du menton se traite en quelques dépôts au bolus, l’ovale en points espacés le long du bord mandibulaire ou à la canule. Un gel ferme placé trop superficiellement, en revanche, se palpe, se voit à la contraction du muscle et peut migrer ; ce risque de déplacement est expliqué dans notre article sur la migration de l’acide hyaluronique. Le « vrai calcul » des millilitres par zone, et pourquoi « plus » n’est pas « mieux », est détaillé sur la page pilier acide hyaluronique : réversibilité et sécurité.

Combien de temps ça dure

Les gels fermes utilisés pour le menton et l’ovale comptent parmi les plus durables du visage, parce qu’ils sont réticulés pour résister à la pression et déposés dans une zone peu mobile. Dans la revue systématique de 2026, le suivi moyen des études était de près de treize mois, avec des résultats encore présents à cette échéance chez la majorité des patients (Shome et al.) ; en pratique, on annonce douze à dix-huit mois, avec une décroissance progressive plutôt qu’une disparition brutale. Notre article durée de l’acide hyaluronique par zone compare le menton aux lèvres, aux cernes et aux pommettes.

Un facteur raccourcit la durée au menton : l’hyperactivité du muscle mentonnier, qui plisse la peau du menton (« peau d’orange ») et déforme le gel à chaque contraction. Une étude italienne de 2026 a comparé, chez 46 patients avec menton en retrait, l’acide hyaluronique seul et l’acide hyaluronique précédé de dix à quinze jours par une injection de toxine botulique dans le mentonnier : l’amélioration de la projection était comparable, mais le groupe combiné avait eu besoin de deux fois moins de retouches à un mois, aucun patient n’avait nécessité de réinjection à six mois contre sept dans le groupe acide hyaluronique seul, et la douleur ressentie était moindre (Betti et al.). C’est une étude rétrospective de petite taille, mais elle rejoint ce que l’on observe : chez un patient dont le menton se plisse au repos ou à la parole, relâcher le muscle avant de combler stabilise le résultat.

Les risques propres au menton, et comment on les prévient

  • Les vaisseaux. L’artère mentonnière sort de l’os par le trou mentonnier, sous les prémolaires, et l’artère labiale inférieure court sous la lèvre : une injection intravasculaire est l’accident le plus grave des injections du visage, avec un risque de nécrose cutanée. Il se prévient par la connaissance des trajets, une injection lente, en petits volumes, après aspiration, dans le plan profond à distance du trou mentonnier, et par la disponibilité immédiate de la hyaluronidase. Ce risque et sa prise en charge sont détaillés dans notre article acide hyaluronique : risques d’occlusion et prévention.
  • Les nodules et irrégularités, surtout avec un gel ferme placé trop superficiellement ou en trop grande quantité à un seul point.
  • L’asymétrie, fréquente au départ (presque tous les mentons sont asymétriques) et à corriger par la répartition des volumes, pas par leur augmentation.
  • L’œdème et les ecchymoses, attendus, qui disparaissent en quelques jours.
  • La réversibilité. L’avantage décisif de l’acide hyaluronique sur toute autre option est qu’il se dissout par la hyaluronidase, en cas d’excès, de nodule ou d’accident vasculaire.

Ce que l’acide hyaluronique ne fait pas

Il ne remplace pas une chirurgie du menton quand le recul est important, quand la mâchoire inférieure est en retrait avec un trouble de l’occlusion, ou quand c’est l’os qu’il faut déplacer : l’algorithme de 2026 cité plus haut réserve à ces situations une correction chirurgicale définitive (Siliprandi et al.), que le cabinet ne propose pas et pour laquelle le patient est orienté. Il ne corrige pas un excès de peau et de graisse sous le menton, qui relève d’autres techniques. Il ne « tient » pas chez un patient qui attend un changement radical de visage ; il déplace de quelques millimètres, et c’est précisément ce que l’on cherche. Enfin, il ne se décide pas sans examen du profil, de l’occlusion et de la contraction du mentonnier — un menton reculé par position de la mâchoire et un menton reculé par manque de volume ne se traitent pas de la même façon, et seul le second relève de l’injection. Le même raisonnement vaut pour le nez, où l’acide hyaluronique corrige des profils choisis et pas tous : voir rhinoplastie médicale à l’acide hyaluronique.

FAQ

Combien de millilitres d’acide hyaluronique pour le menton ?

En général entre un et trois millilitres, selon le recul mesuré de profil ; une étude de 2026 rapporte un volume moyen proche de 2,9 ml. Le volume se décide sur l’examen, et un complément à quatre ou six semaines vaut mieux qu’un excès d’emblée.

Combien de temps dure l’acide hyaluronique au menton ?

Douze à dix-huit mois selon le produit et le patient, avec une perte progressive de volume. Un muscle mentonnier hyperactif raccourcit la durée ; le relâcher avant l’injection peut stabiliser le résultat.

Acide hyaluronique ou chirurgie du menton ?

L’acide hyaluronique convient au menton légèrement à modérément reculé et à l’ovale relâché ; la chirurgie s’adresse aux reculs importants et aux troubles de l’occlusion. Le cabinet ne pratique pas cette chirurgie et oriente le patient lorsque c’est l’indication.

Quels sont les risques d’une injection du menton ?

Œdème et ecchymoses transitoires, nodules ou irrégularités si le gel est trop superficiel, asymétrie, et, rarement, injection intravasculaire près de l’artère mentonnière. Ces risques se préviennent par la technique et se traitent, l’acide hyaluronique étant dissoluble par la hyaluronidase.

Peut-on associer toxine botulique et acide hyaluronique au menton ?

Oui, lorsque le muscle mentonnier est hyperactif : une étude de 2026 chez 46 patients a observé moins de retouches et aucune réinjection à six mois lorsque la toxine précédait le comblement de dix à quinze jours. La décision se prend à l’examen.

Pour aller plus loin


À propos de l’auteur

Dr Khalil El Cadhi — chirurgien de greffe capillaire, Full Member de l’ISHRS (annuaire vérifié le 29/07/2026), DIU de Médecine Morphologique et Anti-Âge (Université de Montpellier), MBA Paris-Dauphine. Il exerce à son cabinet au Complexe médical Dar El Hakim, à Djerba (Tunisie). Les injections faciales sont une activité secondaire du cabinet, à côté de la greffe de cheveux.

Les résultats dépendent du profil individuel de chaque patient. Aucun résultat ne peut être garanti. Information générale ne remplaçant pas une consultation médicale ; les produits injectables ont des indications, des contre-indications et des effets indésirables exposés lors de la consultation.

Vous hésitez entre une injection du menton et une autre option ? L’examen du profil, de l’occlusion et du muscle mentonnier décide de l’indication et du volume. → Prendre rendez-vous


Sources

  • Shome D, Bose D, Prabhughate A, Shah R, Kapoor R. Injectable Filler-Based Chin Augmentation: A Systematic Review of Non-Surgical Volumetric Techniques. Aesthetic Plast Surg 2026;50(17):7429-7442 — PMID 42545491 · DOI 10.1007/s00266-026-06188-1 (via PubMed) — 11 études, 876 patients, suivi moyen 12,8 mois : amélioration efficace à court terme, plus de 90 % de satisfaction, effets indésirables mineurs et transitoires, données hétérogènes et peu comparatives.
  • Voytik M, Khan S, Broach RB, Percec I. Three-Dimensional Volumetric Analysis of Chin Augmentation Using Hyaluronic Acid Filler: A Prospective Study. Plast Reconstr Surg 2026 — PMID 42485070 · DOI 10.1097/PRS.0000000000013346 (via PubMed) — 14 patients, photogrammétrie 3D : volume moyen injecté 2,86 ml en plan périosté, maintien du volume d’environ 80 % à 30 jours et 62 % à 90 jours, satisfaction améliorée.
  • Betti E, Paglianiti M, Vaira LA, Ricciardi A, Cirignaco G, Consorti G. Combined Botulinum Toxin Type A and Hyaluronic Acid Versus Exclusive Hyaluronic Acid Injections: A Potential Nonsurgical Alternative for Chin Augmentation. J Craniofac Surg 2026 — PMID 42682023 · DOI 10.1097/SCS.0000000000013318 (via PubMed) — 46 patients, étude rétrospective : toxine dans le mentonnier 10-15 jours avant l’acide hyaluronique, moins de retouches à un mois, aucune réinjection à six mois dans le groupe combiné, douleur moindre.
  • Siliprandi M, Ragaini EM, Bucci F, et al. Integrated Surgical and Nonsurgical Approaches to Chin Augmentation: Our Clinical Algorithm and Technique. Aesthetic Plast Surg 2026;50(17):6858-6873 — PMID 42412175 · DOI 10.1007/s00266-026-06043-3 (via PubMed) — algorithme : acide hyaluronique pour la rétrogénie légère à modérée et l’involution, correction chirurgicale pour les reculs importants, lipofilling en complément.

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